Le Notaire, l’Humain et la Finance

16 novembre 2014 | Par Caroline Jeanson

Contrairement aux idées reçues le Notariat est davantage qu’une profession juridique exercée sous forme libérale.

Comme la médecine, c’est aussi une science humaine.

Les ressemblances et les parallèles d’ailleurs entre la profession de notaire et celle de médecin sont troublants.

Il y a autant de différence entre un médecin de campagne et le chirurgien d’un service en pointe qu’entre un notaire de campagne et un notaire de grande ville.

A l’image du médecin de campagne son homologue, le notaire est proche des gens, les connaît, les assiste, reçoit leurs confidences et les guide. Dans le secret des familles, des couples et des entreprises, il est le témoin privilégié des réussites et des échecs, des difficultés et des victoires quotidiennes.

Le chirurgien lui, nécessairement, développe d’autres compétences. A la pointe de son art, il opère lorsque c’est nécessaire sans prodiguer l’accompagnement journalier.

Les deux sont aussi complémentaires qu’ils sont différents.

Il en va de même pour le notaire. Généraliste, il maîtrise tous les sujets du droit, tandis que son confrère a développé la pratique de spécialités en ayant peut être un peu moins la disponibilité de l’accompagnement de chaque jour.

Science juridique autant qu’humaine, le notariat, sous peine d’échec, impose à son praticien de savoir prodiguer des qualités d’écoute, de psychologie, de patience.

Si l’on n’aime pas son prochain, on ne peut être un bon notaire, ni un bon médecin. A la veille de sa mort qui appelle-t-on ? Les deux professionnels. Et l’un comme l’autre doit avoir l’humanité et l’empathie de savoir “prendre dans ses bras” celui qui part, avoir les mots qu’il faut et la bonne distance.

Le médecin comme le notaire peut rentrer chez lui le soir en ayant vraiment le sentiment d’avoir été utile aux autres, en plus d’avoir gagné sa vie.

Dans notre société aujourd’hui quelles professions peuvent encore offrir une telle dimension humaine ?

A la différence du médecin, le notaire officie souvent gratuitement. Alors que chaque consultation est payante, pour un tarif indépendant de la qualité de cette dernière, le notaire pour plus de 60% de son temps aide et renseigne pour rien.

Et c’est là aussi l’extraordinaire du notariat. Celui à qui l’on a prodigué aide et conseils gracieux n’est pas forcément celui qui paye, celui qui fait vivre.

Celui qui a été facturé à l’occasion de l’établissement d’un acte n’est pas forcément celui qui en aura besoin.

Cet échange de réciprocité peut paraître injuste, mais n’est ce pas une règle de la vie ?

Reçoit-on de celui qui donne ? La vie parfois offre des bonheurs, des cadeaux, des chances, sans que celui qui donne n’ait jamais rien reçu de celui qu’il gratifie. Et celui à qui l’on donne n’est pas toujours en mesure de rendre à son tour.

Savoir arbitrer cet échange, savoir donner dans l’absolu, recevoir sans contrepartie, fait partie de l’essence même des règles de la vie.

Cet incessant échange n’est-il pas partie du bonheur ? Savoir déconnecter l’émission de la réception ? Savoir “donner sans compter”.

Et c’est sans doute parce que le Notariat est aussi empreint des grandes vertus humaines, et de philosophie de vie, que ses praticiens, tous ses praticiens, notaires en titre et collaborateurs, sont, alors que le Nouveau Monde, celui de la Finance, de la rationalisation et du chiffre, tente de convertir ce vieux métier à l’aune de la rentabilité, dressés aujourd’hui dans l’indignation, qu’ils défendent avec rage ce rôle irremplaçable, non quantifiable et non finançable, qu’ils sont vent debout pour protéger ce que nul économiste, nul financier n’appréhendera jamais avec des chiffres et des statistiques : l’humain.

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