Les RévoluNotaires

29 novembre 2014 |  Par Caroline Jeanson

Les notaires défient le temps. Apparus au 12ème siècle, ils sont l’une des rares corporations à avoir survécu à leur suppression à la Révolution, qui a laissé subsister l’institution en se bornant à en formaliser le contenu et le fonctionnement.

Dans l’idée du législateur révolutionnaire, le notaire était conçu à comme un agent de stabilisation d’une société en plein déchirement. C’est là le sens des propos célèbres d’un conseiller d’Etat, qui affirmait, lors des travaux préparatoires de la loi du 25 Ventôse an XI : « Pour établir sur des bases inébranlables le droit de propriété, la liberté civile, le repos des familles…, une quatrième institution (après les tribunaux, le juge de paix et les ministres du culte ) est nécessaire (…) Ces fonctionnaires désintéressés, ces rédacteurs impartiaux, cette espèce de juges volontaires qui obligent irrévocablement les parties contractantes, ce sont les notaires ; cette institution est le notariat».

Ses origines historiques en font-elle pour autant une profession tournée vers le passé, archaïque comme on lui en fait le procès ? Non, c’est une profession dont les racines sont profondes, dont l’existence est ancrée au cœur de la société et qui a su évoluer avec elle.

Aujourd’hui, la profession séculaire affronte une nouvelle révolution, la mise en place d’un ordre nouveau : le libéralisme, la financiarisation, la déréglementation de tous les échanges.

La loi de Monsieur MACRON n’est qu’un symptôme, un épiphénomène. Il nous faut prendre du recul et de la hauteur, ne pas regarder la feuille voler au sein de la tornade.

La crise qui frappe la société française aujourd’hui, n’est pas que financière. La France souffre d’une mutation profonde, sociale et économique que l’on cherche à lui imposer. Elle affronte, sans le savoir, un ennemi invisible dont l’influence sournoise s’est, au fil du temps, et comme un poison, infiltrée dans les mentalités au point d’en devenir indétectable : le profit, la rentabilité, le libre-échange, la productivité. Cet ennemi ne s’appelle que par abréviations : OCDE, FMI, OMC…

Sur l’autel de la Finance, point de place pour la sécurité, la protection, la propriété… place aux flux, au profit, à la vitesse… là ou le notaire sécurise la transaction, la Finance veut l’accélérer, là ou le notaire pérennise la propriété, la Finance veut la faire librement circuler…

Le profit et le droit ne sont pas incompatibles, mais la sécurité ne l’est pas avec la frénésie du rythme à laquelle il faudrait consommer et faire circuler les biens.

Notre résistance aujourd’hui prend la tournure d’un devoir, d’une mission d’intérêt général. A la caricature et aux dogmes, opposons nos missions de service public. Aux théories du profit, opposons celle de la sécurité. Remettons le bonnet phrygien sur notre tête, reprenons l’étendard républicain !

Le tsunami de l’ultra-libéralisme et du profit viendra un jour s’échouer, et derrière lui la liberté individuelle, la paix sociale, ne seront que des ruines. Et nous sommes, notaires, dépositaires du Sceau, garants de ces valeurs.

Nous avons déjà entre nos mains les armes pour affronter l’adversaire : le numérique ! Nous sommes l’une des professions du droit à avoir anticipé la modernité, nous avons le savoir, la technique, nous savons déjà sécuriser et fluidifier grâce à notre technologie avancée, nous avons dix ans d’avance.

Ce tsunami, aussi violent soi-il n’est qu’une vague, qui ne fera que précéder et succéder aux autres, alors prenons-là !

Notre victoire contre la finance mondialisée viendra, c’est une certitude, non pas de l’affront direct de dogmes abscons, mais de notre capacité à nous adapter, à prendre la vague non pas de front, mais avec. Les révolutionnaires n’ont plus de baïonnettes, mais des tablettes, des sceaux électroniques, des actes dématérialisés.

Au lieu d’affronter le rapport Attali, anticipons le rapport Lemoine.

Et c’est grâce à cela que, dans le Monde Nouveau qui est en train d’apparaître, nous aurons su résister, et nous serons toujours là, prêts à poursuivre l’œuvre confiée par nos pères fondateurs, les Révolutionnaires, dictée par le Conseiller Réal.

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