Les Amalgames de Bercy – Désinformation et propagande

29 décembre 2014 |  Par Caroline Jeanson

 

Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage….

Mais comment faire passer aux français, à la presse et aux élus, comme louable et efficace, une loi qui va démanteler tout un pan du service juridique, occasionner des dizaines de milliers de licenciements, et introduire la concurrence et la finance dans un service public ?

C’est très simple, il suffit de faire appel à une communication adéquate, et d’appuyer là où le français a mal, grâce à des poncifs, des caricatures et des amalgames.

–          Le notaire est un rentier,

–          Le notaire est un fils de notaire,

–          Les notaires sont des hommes de plus de 48 ans,

–          Les notaires sont des privilégiés,

–          Le notaire ne connait pas la crise,

–          Le notaire empêche les jeunes de s’installer,

–          La réglementation empêche la concurrence,

–          La réglementation freine l’emploi,

–          Les notaires sont comme les chauffeurs de taxis,

–          Les notaires se défendent en brandissant des caricatures et des chiffres faux,

–          Les notaires ne veulent pas se réformer parce qu’ils ont une situation de rente.

 

Le problème, c’est que ce ne sont pas des propos de café du commerce. Ce sont des propos d’élus et de journalistes.

 

Au café du commerce par contre, voici ce qu’on entend :

–          Heureusement que le notaire était là à la succession de mes parents,

–          Le notaire m’a évité d’aller au Tribunal,

–          C’est l’Etat qui pompe 85 % des frais de notaires ! vous le dites pas assez !

–          La fille de mon garagiste est devenue notaire,

–          Comment vous faites pour avaler toutes ces lois ?

–          Pourquoi vous ne facturez pas vos rendez-vous ?

–          Vous communiquez très mal.

–          Les gens ne vous connaissent pas.

–          Vous alors, vous êtes différent du notaire de mes parents !

–          Heureusement que vous êtes encore là, vous êtes le dernier du village.

–          Le gouvernement veut vous remplacer par des financiers, ils sont fous, ils mettent des actionnaires partout.

–          Quand je pense que c’est un gouvernement de gauche !

–          Ça va finir comme les médecins, plus personne à la campagne.

 

Le citoyen de 2014 est un bon client : il faut que les choses soient courtes, brèves, rapides, instantanées. Du prêt-à-penser, prêt-à-emporter. L’adhésion à la formule prémâchée, à la caricature ou à l’amalgame dépend de son auteur. « Celui-là, je l’aime bien, ce qu’il dit doit être vrai ». Sujet clos, la messe est dite, la formule lapidaire, la pensée achetée et intégrée comme vérité.

La pauvreté du langage et l’usage de l’internet ne sont pas propices à la curiosité et à l’analyse. Il faut avoir conscience qu’aujourd’hui certains politiques sont des requins suivis de poissons-pilotes : des communicants.

Souvenez-vous de DSK s’exprimant sur la trame d’un discours écrit par Mr Fouks…

Prenons le Ministre de l’Economie, un physique de gendre idéal, une adresse inédite dans l’art de manier la novlangue… et l’on oublie aisément que cet énarque revendiqué socialiste a été quatre ans directeur associé chez Rotschild en charge des fusions-acquisitions, et qu’il a assisté en juin dernier à la conférence Bilderberg. Non, ce n’est pas un rassemblement alter-mondialiste…

Rajoutez à cela le dogme, l’idéologie, les œillères.

Un peu de vocabulaire aussi : cooptation, malthusianisme, méritocratie …

Rajoutez-y les objectifs peu louables de faire le profit des amis, des officines, de permettre la mise en place de déréglementation massive propice à l’invasion de superstructures financières.

Et vous obtiendrez la communication de Bercy sur la Loi Macron.

Pour finir, je vous propose un petit exercice, amusant et facile.

–          Le  parlementaire est un rentier,

–          Le  chef d’entreprise est un fils de  chef d’entreprise,

–          Les  médecins sont des hommes de plus de 48 ans,

–          Les  footballeurs sont des privilégiés,

–          Le  fonctionnaire ne connait pas la crise,

–          la grande distribution empêche les petits commerçants de s’installer,

–           le service public empêche la concurrence,

–           le droit du travail freine l’emploi,

–          Les  débitants de tabac sont comme les chauffeurs de taxis,

–          Les  cheminots se défendent en brandissant des caricatures et des chiffres faux,

–          Les  conducteurs de TGV ne veulent pas se réformer parce qu’ils ont une situation de rente.

 

Je précise que je n’entends pas stigmatiser à mon tour les professions ci-dessus, mais démontrer la vanité de ces raisonnements passe-partout et faits à l’emporte-pièce…. le jeu de bonneteau de la formule toute-faite…

Chers élus, chers journalistes…. Lesquels d’entre vous sont allés sur le terrain ?

Lesquels d’entre vous ont « acheté » le kit de communication de Bercy ?

A bientôt, à très vite, si la loi est votée, nous reparlerons de tout cela.

Chacun aura mis sa pierre à l’édifice.

 

Tagués avec :