Colère

Arrêtons les faux-semblants Monsieur Macron.

La vérité est simple, encore faut-il que quelqu’un vous la dise. Nous ne parlons pas le même langage et nous ne le parlerons jamais.
Le temps n’est plus au dialogue – il ne l’a jamais été d’ailleurs puisque vous n’avez pas voulu l’instaurer – désormais vient celui de la colère. Connaissez-vous ce sentiment ?

Je n’argumenterai pas sur les vertus du Notariat et du droit continental, sur l’intérêt pour le citoyen d’un tarif social et redistributif et sur le fait que le droit n’est pas une marchandise. On a hurlé et vous êtes resté sourd. Nous ne parlons pas le même langage et nous ne le parlerons jamais.

Donc, désormais on est dans la vraie vie. On va parler d’homme à homme.

Ma vie bascule depuis les premiers propos de Monsieur Montebourg jusqu’à ce jour.

Je travaille entre 60 et 65 heures par semaine pour ne pas couvrir mes charges. Je paie mes salariés sur 13 mois quand je suis obligé de discuter avec mon banquier pour demander à ne plus rembourser mes emprunts. Je ne dors la nuit et ne me lève le matin que grâce aux antidépresseurs. Je ne prends que 15 jours de vacances par an.

Vous me direz que votre loi n’y est pas pour grand-chose et qu’il ne s’agit que d’une conjoncture économique difficile, rencontrée actuellement pas de nombreux chefs d’entreprise.

Et c’est là que la colère monte. Votre loi me donne des bouffées de chaleur et me serre la cage thoracique.

D’abord, en qualité de ministre de l’économie, vous vous devez de créer les conditions économiques pour que notre pays se développe. Pourtant vous détruisez ce qui fonctionne. Mais là on ferait de la politique et je souhaite rester concret.

Donc, je vais vous exposer les dégâts que votre loi produit sur ma vie :

Actuellement seul à l’étude depuis le départ de mon associé pour la retraite il y a deux ans et à cause de votre loi, je ne suis pas en mesure de céder la moitié des parts de l’étude à mon futur associé. C’est dommage, je comptais sur cette cession pour me désendetter. Ne me dites pas que le fonds du problème est justement le prix que j’ai payé : je n’ai pas eu le choix, c’était la règle pour que je m’installe et ce prix a été validé par la chancellerie, donc par l’Etat.

Quelle est la valeur de mon étude si une révision du tarif intervient ? Je n’en sais rien. Qu’entend-t-on actuellement ? Il serait question qu’en cas de cession, 70 % du prix seraient payés par mon cessionnaire, 30 % devant rester bloqués en attendant de voir l’évolution des produits de l’étude. Je vous l’indique dès maintenant, les produits vont baisser puisque le tarif va baisser. Donc je ne toucherai que 70% d’un prix déjà très fortement revu à la baisse compte tenue de la conjoncture. Je revendrai ainsi mon étude à 50%, voire moins, de sa valeur actuelle… Et je sais que vous ne serez pas là pour payer mes emprunts. J’ai pourtant engagé ma famille, mes biens personnels, ma maison pour cela.
Avec la liberté d’installation, je vais avoir une diminution de ma clientèle et donc de mon chiffre d’affaire. Ce n’est pas grave puisque le jeune qui s’installera en face de chez moi sans rien avoir à payer et qui me causera un préjudice devra m’indemniser. Sauf qu’il mettra quatre à cinq ans à dégager un bénéfice, donc ce dernier ne m’indemnisera jamais.

Avec votre loi, vous m’acculez à la faillite et au licenciement de mes collaborateurs.

Aujourd’hui, après 13 années d’installation et à 45 ans, je devrais pouvoir investir, acquérir quelques biens immobiliers (au passage cela ferait tourner l’économie) afin de capitaliser et de commencer à préparer ma retraite. Malheureusement non, je vais continuer à payer mon étude pour rien.
Qui accepterait de se voir spolié de son outil de travail ? Pas moi en tous cas je vous l’assure, n’y comptez pas (et là, la colère me serre la gorge).

Ensuite, ma famille subit mon humeur. Non pas ma bonne… mais ma mauvaise humeur. Chaque soir, quand je rentre chez moi, mes enfants et mon épouse me regardent et s’inquiètent de mon état : “chut les enfants, n’embêtez pas papa, il a eu une dure journée…” Là, je ne vous pardonne pas ma colère qui gâche les meilleurs moments de ma vie familiale.
Mon fils passe son bac en juin. Je ne lui dis plus : “travaille bien à l’école pour avoir une bonne situation plus tard”. Il est trop bien élevé pour ne pas me rire au nez. Pourtant je ne prends pas le risque.
Je ne pars plus en vacances avec mes enfants. Après tout ce n’est pas grave. Non je retire ce que j’ai dit, c’est grave.
Je suis soutenu par mon épouse, mais je la soutiens aussi. D’autres n’ont pas cette chance. Cette situation, je ne peux la lui faire vivre encore longtemps.

Alors Monsieur le Ministre, je vais conclure en vous précisant que pour la première fois, un notaire de la République vous a parlé un langage de vérité. Mais parle-t-on le même langage ?
Je m’exprime en mon nom mais représente certainement la réalité de tous ceux qui crèvent de ne pouvoir hurler leur colère.

Monsieur le Ministre, il y va y avoir des drames dans le notariat. Chez les collaborateurs, mais surtout chez les notaires qui vont tout perdre : le fruit de leur travail, leur famille, pour certains leur honneur. Plusieurs ne s’en relèveront pas et ce sera de votre faute. Je redoute que certains se fassent du mal.
Vous serez responsable et coupable des drames que mes confrères et leur famille vivront.

Je ne sais pas ce que mes confrères attendent pour hurler leur colère. Sont-ils résignés ? Je sais que non, ils sont à bout, ils sont simplement au bout. Ne sous-estimez pas pour autant leur colère, vous auriez tort.

Je vous accuse, Monsieur le Ministre de non-assistance à personne en danger, pire, de mise en danger de la vie d’autrui. Vous resterez comme le responsable d’une situation qui conduira à des drames humains. Les notaires et leurs familles s’en souviendront.

David Basnier

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