Colère (2)

Je ne pouvais penser que mon précédent billet aurait autant d’échos auprès de mes consoeurs et confrères.
Plus de quatre mille vues sur le site des #notairesfuribards ainsi que de nombreux mails de soutien, sms et messages privés sur Twitter et Facebook.

Une consoeur m’a écrit ce qui suit : “Je viens de lire votre article et je suis bouleversée par votre analyse. Vous avez trouvé les mots sur mes maux”.

Une autre, retraitée, m’envoie le message suivant : “Bravo pour votre courage et votre sincérité. J’ai connu ces nuits blanches, sans soutien car vivant seule…”
J’ai reçu des messages de toute la France mais également de notaires qui me connaissent :
Un ami m’a écrit : “Un texte comme celui-ci, c’est l’ensemble des notaires qui le vit au quotidien” tandis qu’un autre ami m’a confié : “Les mots me manquent : ta colère, c’est ma colère, c’est notre colère… Tout y est dit et je fais le rêve que le responsable de cet accouchement dans la douleur puisse lire et… prendre conscience. Il nous reste encore au moins le droit de rêver.”
Un autre a comparé à terme notre profession avec celle des agriculteurs dont bon nombre mettent fin à leur jours dans l’indifférence totale.

J’ai rencontré récemment deux amis qui m’ont contacté pour un déjeuner. Ils avaient pris connaissance de mon article et ont eu la gentillesse de prendre contact avec moi pour un moment de convivialité : l’un d’eux est à court de liquidités dans trois mois et ne sait pas ce qu’il va pouvoir devenir, le second ne paie plus les études supérieures de ses enfants, se faisant aider financièrement à cette fin par ses propres parents.

Ce qui ressort également de tous ces messages est l’impact sur les conjoints et les enfants de ces consoeurs et confrères. Une autre limite franchie, difficilement acceptable…

Alors j’ai atteint mon but, celui de crier ma rage et j’ai eu cette chance grâce aux #notairesfuribards. Le malheur des autres ne réjouit évidemment pas, mais il est réconfortant de ne pas se savoir seul.

Mais au-delà de ma propre satisfation d’avoir été écouté, j’ai aussi entendu tous les messages qui me sont parvenus et qui sont autant de messages intenses bien que discrets.
Que révèlent-ils ? A la fois une détresse non feinte mais aussi un manque d’écoute de la part de nos instances. Ainsi, mes deux amis lors de notre déjeuner m’ont fait remarquer qu’ils ne fallait pas attendre que certains franchissent un pas irréversible pour mettre en place une cellule d’écoute psychologique pour les consoeurs et les confrères en état de fragilité. Ils m’ont fait cette demande alors que je n’avais pas pris conscience de ce réel besoin. C’est devenu une évidence désormais.

Certes les chambres sont présentes et j’ai reçu en ce sens un mot que j’ai beaucoup apprécié de la part de mon Président. Mais pour ceux qui ne savent pas où et comment s’exprimer, la solitude et le renfermement conduiront inexorablement à des drames.

La profession a mis en place un système d’aides financières avec la Caisse des Dépôts et Consignations (reports d’échéances de prêt, prêts de trésorerie…) Mais faudra-t-il qu’un notaire disjoncte pour que des mesures soient prises pour simplement écouter tous ceux qui sont dans une situation de détresse ?

Le récent et tragique suicide de l’ancien Maire de TOURS est significatif de notre époque, celle où une machine judiciaire, médiatique, dogmatique, tel un rouleau compresseur peut s’emballer et broyer une vie.

Je ressors renforcé des contacts que j’ai eus avec mes confrères. Le temps est toujours au combat, un véritable combat au sens propre du terme, combat contre soi pour simplement tenir et combat contre nos gouvernants qui n’ont que faire des dégâts irréversibles qu’ils vont contribuer à créer.

Certains n’ont plus le courage pour affronter ce combat, aidons-les maintenant.

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