Mon nouveau métier…

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Cette matinée se présente bien : la conf call avec le directeur financier de Fouduciel s’est bien déroulée. Les chiffres de mars sont en progression et les objectifs du premier trimestre ont été dépassés. Il faut dire que depuis la faillite en décembre de mon confrère situé à douze kilomètres, je récupère beaucoup de ses clients (quand je pense que je lui avais proposé de prendre des participations dans sa boite et qu’il a refusé, quel naze…)

Nos nouveaux locaux sont superbes ; l’open space pour répondre aux demandes de devis est une réussite et nos deux standardistes sont enfin opérationnelles. Il va falloir désormais assurer mais la fusion de nos trois études et l’achat de ces nouveaux locaux doivent enfin nous permettre de rivaliser avec l’étude d’en face. Il faut dire qu’il était temps de réagir, car nos confrères depuis leur association avec le Crédit Agraire recevaient quasiment tous les compromis de Square logement et faisaient tous les prêts de la banque.
La nouvelle machine à café est top. Bon, j’aime pas le café mais maintenant l’étude ressemble aux cabinets d’avocats à la télé…

Allez, il est temps de débuter mon rendez-vous hebdomadaire avec les clercs aux actes courants. Les stats sont bonnes mais les ratios sont à améliorer. Le produit moyen à l’acte est inférieur à la moyenne des études affiliées à Fouduciel. J’ai bien senti l’agacement du directeur financier à ce sujet (je hais ce jeune crétin de 37 ans qui ne connais rien à mon métier) mais il a raison, la logique économique doit l’emporter. J’ai demandé à mon clerc de renvoyer au conseil départemental les trois derniers dossiers reçus : on a autre chose à faire que ces cessions de voiries où l’étude ne touche que 78 euros. Tiens, ça me fait penser qu’il faut que je contacte le maire pour lui exposer notre projet de service d’urbanisme à l’étude !
Mon vieux clerc me reproche encore de le surcharger de dossier. Il va falloir que je lui remette les points sur les I : son objectif de 25 ventes par mois n’est pas atteint et il y a plein de clercs au chômage qui prendraient bien sa place…

Mon premier rendez-vous devait être vite expédié. J’aurais aimé d’ailleurs l’annuler mais je ne pouvais pas faire cela à mon client, c’est un trop vieux client de l’étude. Mais j’ai bien fait de le recevoir car il envisage de donner son appartement à ses petits-enfants. Comme quoi, recevoir tous les clients, comme on le faisait avant, ça peut avoir du bon… en tout cas pour mon directeur financier, car auparavant je lui aurai déconseillé de se dépouiller alors qu’il devra prochainement faire face avec difficulté à ses frais d’hébergement en maison de retraite. Mais il s’agissait du conseil gratuit et désintéressé…

Par contre, je reçois de moins en moins les rendez-vous de renseignements, je les laisse au maximum à mon jeune associé. Il a voulu la réforme et c’est à lui de bosser maintenant. D’ailleurs, ses stats de mars ne sont pas bonnes. Il va falloir qu’il se bouge pour développer sa clientèle…

Il est enfin l’heure de contacter mon sous-traitant au maroc. Le stock de mainlevées n’a pas été traité et je vais lui passer un savon. De toutes les façons, je vais envisager le contact situé au Vietnam que mon confrère parisien utilise. Les ventes qu’il y envoie sont semble-t-il bien rédigées et le coût est de 20% inférieur au Maroc. D’ailleurs, mon vieux clerc devrait faire attention à son poste…

Le rendez-vous qui a suivi m’a bien fait rire : après trois quarts d’heure de renseignements sur l’intérêt de faire un contrat de mariage, le client commençait à partir sans me régler le coût de la consultation. Il n’avait pas l’air satisfait, pourtant 100 euros la consultation, je couvre à peine mes charges. Quand je lui ai dit que chez Leclerc, il ne sortait pas avec son caddy sans passer à la caisse, il avait l’air médusé… j’en ri encore.

Bon, la matinée a réellement commencé par la suite : deux rendez-vous se sont enchaînés, il est temps de faire rentrer de l’argent.

Par contre je redoute mon rendez-vous de 14 heures. L’un des associés de Fouduciel doit me parler d’un dossier d’apport à une société de l’un de ses clients. Je connais ce client et il fut une autre époque, pas si lointaine, où j’aurais effectué une déclaration auprès de Tracfin. Je sens le coup où je vais me voir contraint d’authentifier cet acte… De toutes les façons, je ne vais pas avoir le choix !

Puis viendra le rendez-vous pour la vente d’une cave. Cela fait des mois que je n’ai pas vendu de cave. Il faut dire que se taper toutes les obligations de la loi ALUR pour un mauvais lot de copropriété à huit mille euros, je laissais bien volontiers ce type de dossier à mon confrère qui vient de faire faillite. D’ailleurs, il va falloir que j’engueule ma secrétaire. Elle n’a toujours pas compris que la mission de service public est morte et enterrée avec la réforme. Tiens c’est un bon argument pour répondre aux clients qui ne peuvent plus me voir rapidement ! Il est vrai que les rendez-vous pour les dossiers non intéressants sont pris maintenant à trois mois, et cela ne va pas s’arranger avec la suppression de l’office de mon confrère.

Juste avant de quitter mon étude pour le déjeuner, je dois appeler la chambre des notaires. Mon Président me reproche de faire partie du BNI local : je crois qu’il va falloir aussi que je lui explique les effets de la réforme…

David Basnier