Fille de…

Antigone

Pendant des mois j’ai souffert des propos du ministre Macron qui résumait le notariat et les notaires par les mots “rente”, “corporatisme”, “privilège”, “système malthusien”, phagocyté par des générations qui en fermeraient l’accès et ne se transmettraient les charges que de père en fils.

Honte à moi, fille de notaire, qui fait partie des 15% de notaires ayant racheté leur office à leur mère ou leur père,

Honte à moi, fille de notaire, qui n’ai pas eu à chercher une association, un office, à déménager avec toute ma famille, à changer de région après avoir trouvé le Saint Graal, loin de mes racines.

Honte à moi, fille de notaire, que son père a aidé en lui donnant 10% de ses parts de la société.

Honte à moi, fille de notaire, d’avoir voulu faire comme ce papa que j’admire tant, aveyronnais déraciné qui avait choisi de ne pas reprendre l’entreprise de ses parents.

Honte à moi, fille de notaire, de faire partie de ce système qui serait d’un autre temps, au motif que son statut date du XIXème siècle (pourtant, la Déclaration des Droits de l’Homme est plus ancienne, mais personne ne songerait à la remettre en cause en raison de sa date),

Honte à moi, fille de notaire, quand l’un de mes enfants pense faire plus tard notaire comme sa maman.

Honte à moi, fille de notaire, de défendre cette profession que j’aime, ce métier qui me passionne, ce statut unique car je serais soi-disant née avec une cuillère d’argent dans la bouche,

Honte à moi, fille de notaire, qui me suis cachée sur Twitter derrière un alias pour ne pas attiser les propos haineux de ratés et éjectés de la profession, trolls du ministère, et autre diplômés notaires revanchards,

Honte à moi, fille de notaire, illégitime dans sa fonction, illégitime dans la défense du notariat.

J’arrêterai là l’anaphore.

Non, je n’ai pas honte !

Car même si je souffre toujours d’entendre le ministre Macron stigmatiser le notariat et les notaires, déformer la réalité des chiffres avec sa gueule de gendre idéal, je lutte et je lutterai jusqu’au bout pour défendre le notariat français dont je suis si fière.

Je suis une femme, Monsieur le Ministre, je suis jeune et résolument moderne, je signe plus de 95% de mes actes par voie électronique.

Dans ce combat j’ai trouvé des alliés de choix :
– Les professeurs de droit, dont aucun n’est favorable à la réforme portée par le ministre de l’économie ;
– Les associations, qui luttent contre le traité transatlantique et qui voient dans la défense du notariat, la défense de notre système juridique, la défense de notre droit continental et d’un type de société ;
– Les autres professionnels libéraux, stigmatisés comme nous par ce gouvernement qui, n’arrivant pas à améliorer le quotidien des français, frappe sur eux pour pouvoir dire : « regardez, eux vivront moins bien ». Mais appauvrir les présumés riches n’enrichit pas les pauvres ;
– Les faizeux, qui luttent contre ces politiques aveuglés par le pouvoir ;
– Les clients, qui nous soutiennent et ne comprennent pas cet acharnement à détruire le notariat, institution dans laquelle ils ont confiance ;
– Sans oublier mes confrères qui vivent ce que je vis, ressentent ce que je ressens, se sentent trahis comme je me sens trahie et qui ne lâcheront rien comme je ne lâcherai rien.

Finalement, ceux qui devraient avoir honte, ce sont plutôt ceux qui, avec leurs arguments marketing et leurs arrière-pensées mercantiles, se sont donnés pour but de détruire une profession afin de préparer le terrain à un système de droit purement marchand.

Stéphanie Jeanjean-Boudon