Liberté, Égalité….Médiocrité

Médiocrité

Il ne suffit pas de décréter qu’une profession doit se rajeunir et se moderniser pour être plus efficace. Encore faut-il s’en donner les moyens.

Or, à bien regarder le texte sorti de l’Assemblée Nationale en février dernier, force est de constater que les beaux desseins ont été anéantis par de mauvais procédés.

En effet, quelle noble et louable ambition que celle d’offrir aux titulaires du diplôme la liberté de pratiquer la profession qu’ils ont embrassée et de pouvoir utiliser le titre correspondant au diplôme obtenu ?

Les notaires installés d’aujourd’hui ne peuvent en aucun cas dénier ni critiquer cette aspiration : elle a été la leur pendant parfois de longues années…

Mais la réponse de Monsieur MACRON est-elle adaptée à la demande ?

Le jeune diplômé notaire devrait, à la sortie de son cursus universitaire, être assuré de trouver un stage lui permettant d’acquérir la pratique nécessaire pour obtenir son diplôme à l’issue. Puis de trouver une étude capable de l’associer.

La loi réforme-t-elle les obligations d’accueil de stage pour les jeunes ? S’assure-telle de l’adéquation entre jeunes diplômés et postes de notaires disponibles ? NON

Le jeune diplômé devrait, une fois son étude trouvée, avoir la certitude que le prix payé correspond bien à la valeur de l’entreprise et que le financement nécessaire est compétitif. Son dossier devrait – sous réserve de certaines vérifications nécessaires – être rapidement instruit et traité.

La loi offre-t-elle des outils d’évaluations des études plus performants que la simple application de coefficients ? La Caisse des Dépôts permet-elle des renégociations de taux en cas de chute de ces derniers ? La loi raccourcit-elle le délai de traitement des dossiers de nominations (12 mois en moyenne) ? En simplifie-t-elle le contenu parfois ubuesque ? NON

Le jeune notaire, une fois installé, devrait avoir une parfaite connaissance des mécanismes comptables, fiscaux et sociaux de son entreprise. Il devrait être capable de détecter par avance les investissements nécessaires, gérer sa trésorerie de façon dynamique et respecter sans efforts les rudiments du droit social.

La loi a-t-elle créé un module de gestion d‘entreprise ? Initie-t-on à la comptabilité et/ou au droit social ? Le stage « Jeune Notaire » d’environ 15 jours a-t-il été étoffé et amélioré pour être vraiment utile ? NON

Le jeune notaire, devenu chef d’entreprise accompli, a besoin de s’appuyer sur de bons collaborateurs, bien formés. Mais force est de constater qu’à la sortie de certains Master 2, certains élèves prononcent parfois de telles énormités que le professionnel aguerri peine à comprendre le contenu de la formation prodiguée pourtant pendant de longs mois ? Quel diplômé notaire sait-il encore expliquer la différence entre délégation et cession de créance ?

La loi a-t-elle amélioré la qualité des enseignements prodigués dans les filières qui dépendent de l’Education Nationale ? A-t-elle instauré un mécanisme de sélection des meilleurs élèves et/ou diminué le nombre de master 2 qui, chaque année, vomit son flot de promotions sans savoir si tous auront des débouchés ? NON

Enfin, on ne peut penser au développement et à la modernité sans songer à l’international…or tout bouge de ce côté et les notaires devront développer de nouvelles compétences, voir de nouveaux horizons, parler d’autres langues…

La loi a-t-elle prévu un module de langues pour le diplôme de notaire ? Prévoit-elle de développer des partenariats avec d’autres pays ou institutions du droit notarial latin…ou d’ailleurs ? NON

La loi prévoit seulement que tout diplômé pourra librement s’installer en zone carencée, selon une carte établie par un énième repaire de technocrates qui ne connaît rien au notariat, sur la base de critères purement économiques et parfois, avec le silence de la chancellerie.

Si le jeune installé fait de l’ombre à son voisin, il devra l’indemniser.

S’il réussit trop bien, ses meilleurs résultats viendront alimenter l’aide juridictionnelle ; il paiera donc pour les procès qu’il aura tenté d’éviter à ses clients car telle est sa mission.

Personnellement, j’ai longtemps attendu pour m’associer. J’en ai longuement rêvé et depuis le début de cette réforme, il n’y a pas un jour où je ne pense pas au diplômé notaire que j’étais, plein d’envie et de passion pour ce métier.

Mais avec l’expérience que j’ai acquise à la tête de mon étude, je touche du doigt que la réponse offerte par la loi n’est qu’une belle leçon de démagogie et de médiocrité.

J’ai en mon étude deux stagiaires en cours de diplôme ; chaque jour je leur montre la difficulté de ce métier. Ils en comprennent toute l’exigence et j’en suis sûr, certains seront vite prêts à s’installer à leur compte car la valeur n’augmente pas avec le nombre des années d’attente. Seule la frustration augmente….

Je serais pour ma part enchanté de compter rapidement un plus grand nombre de confrères mieux formés, plus épanouis dans leur entreprise, plus aptes à tirer profit des évolutions de notre société et à proposer des solutions adaptées pour notre profession.

Mais quand je vois le texte de la réforme, je crains de croiser désormais beaucoup de jeunes exsangues et désabusés, prêts à vendre leur office au plus offrant pour quitter l’enfer que sera pour certains la collision entre multiplication des professionnels et baisse des tarifs.

A ces arguments, beaucoup répondent qu’ils préfèrent encore ce sort à celui de salarié actuel…à l’inverse, certains confrères me confessent qu’ils regrettent le temps où ils n’étaient que salariés…l’équilibre est difficile !

Monsieur MACRON aura, quant à lui, réussi tout à la fois à déstabiliser une profession qui fonctionnait et qui créait des emplois, et à dégoûter durablement la jeune génération de professionnels pourtant prêts à faire des merveilles…

Le résultat pitoyable est là : à trop vouloir prôner la liberté et l’égalité, nous ne récolterons que la médiocrité.

Et c’est bien dommage car si Monsieur MACRON avait bien voulu se donner la peine, au lieu de jouer le porte-drapeau à la French Tech, il aurait bien pu faire œuvre utile pour l’export de la French Not….

@Iceberg942