Lettre ouverte du 10 juillet 2015

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Madame, Monsieur,

Mes chers confrères et consoeurs,

Mes chers amis,

Aujourd’hui, 10 juillet 2015, a été imposé à la France et aux Français, le projet de loi pour la croissance et l’activité plus connu sous le nom de Loi Macron.

C’est l’épilogue, peut être provisoire, d’un processus de plus de 10 mois au cours desquels ont défilé des dizaines d’heures de débats, des manifestations, des actions de masse, des heures de commissions spéciales, deux motions de censure sans  aucun succès etc… etc… A la fin, pas un article n’a vraiment changé, les parlementaires sont bafoués, la démocratie jetée à terre et ce texte est imposé par un gouvernement à la solde des financiers et au mépris des Français par un ultime 49-3..

Alors aujourd’hui je suis déçu et même profondément déçu.

Pourquoi et par qui ?

Et bien je vais vous le dire.

Déçu par nos politiques et nos élus.

Et pour commencer par le premier d’entre eux, non pas que je l’estime particulièrement car je dois avouer que je n’ai pas voté pour lui contrairement à certains confrères qui le regrettent amèrement maintenant, j’avais cependant du respect pour sa fonction ; mais j’en attendais de la tolérance, la défense des droits de l’homme, de l’humanisme, la défense des minorités, bref des valeurs que je pensais de gauche même si ce n’en est pas l’apanage. A ma plus grande surprise, je me retrouvais dans certaines idées de cette gauche que je n’avais jamais vraiment appréciée mais que désormais j’essayais d’accepter par réaction aux idées extrémistes d’une certaine droite opportuniste. Aujourd’hui, ces valeurs sont malmenées, bafouées voire abandonnées et je ne puis me retrouver dans un libéralisme exacerbé désormais mené par ce gouvernement où la finance broie les hommes.

Déçu par de nombreux parlementaires qui ne sont que des girouettes, toujours prêts à se montrer dans les médias mais qui se défilent au moindre coup de vent venant de leur parti et surtout n’ont pas le courage d’exprimer leur opinion dans leur vote. Ce qui les intéresse avant tout, c’est préserver leur précieux siège, acquérir leur droit à la retraite et profiter longuement des ors de la République que tout un chacun se tue à leur offrir ! L’intérêt général leur est parfaitement inconnu ! Seul l’intérêt politique prime ! On fronde parce que ça fait parler de soi mais jamais jusqu’au bout. On parade parmi les huiles mais on est incapable d’assumer ses opinions.

Le Général de Gaulle a dit : « Ce n’est pas la gauche, la France ! Ce n’est pas la droite, la France ! Naturellement, les Français, comme de tout temps, ressentent en eux des courants. Il y a l’éternel courant du mouvement qui va aux réformes, qui va aux changements, qui est naturellement nécessaire, et puis, il y a aussi un courant de l’ordre, de la règle, de la tradition, qui, lui aussi, est nécessaire. C’est avec tout cela qu’on fait la France. Prétendre faire la France avec une fraction, c’est une erreur grave, et prétendre représenter la France au nom d’une fraction, c’est une erreur nationale impardonnable. » Il avait raison, on ne fait pas la France avec des partis.

Déçu par la plupart des médias, que j’appelle le plus souvent maintenant des merdias, ceux qui ne comprennent jamais rien à rien, ne font que du pisse copie par facilité et ne cherchent jamais à comprendre le fond des choses, il y aurait tant à dire sur ce sujet. Seul le scandale et le tirage les intéressent. Je crains qu’ils ignorent le sens même du mot « vérité ». Presse écrite, télévision, radio ont muselé le moindre avis discordant, ils ont annihilé le dialogue, le débat a été faussé mais le plus souvent il a été inexistant. Peur de déplaire ou ordres, on peut se poser la question quand on connait les grands argentiers de la presse écrite. L’objectivité a disparu. On ne voit plus que des succédanés des communiqués officiels. De la propagande dans ce qu’elle a de plus détestable.

Déçu par la majorité de nos concitoyens, qui se laissent porter par le flot, gueulent à tout va pour tout et pour rien mais sont incapables de se prendre en main, qu’il faut assister tout au long de leur vie, tout leur faire et surtout pour rien ! Toujours prompts à se plaindre et à geindre mais qui fuient le seul moyen de s’exprimer, je veux parler de leur vote. Tels les moutons de Panurge, ils suivent la voie qu’on leur montre même si elle mène à l’abattoir. Ils se contentent des idées reçues et autres poncifs mais sont incapables de juger par eux-mêmes ou préfèrent ne rien voir ni savoir

Déçu par  mes confrères, ceux qui sont restés tranquillement derrière leur bureau à regarder les autres faire et qui aujourd’hui s’étonnent un peu tard et poussent des cris d’orfraie alors que la loi nous est imposée. Ceux qui ont tiré la couverture de leur côté, semant la division, détruisant la cohésion et s’étonnent aujourd’hui de se retrouver isolés et qu’on ne fasse plus rien avec eux. Ceux qui tirent sur le CSN parce qu’ils attendaient le messie mais en regardant même de plus près n’ont pas vu nos représentants se faire broyer dans une ignoble machine de guerre infernale,

Déçu par mes confrères qui un beau matin sont apparus sur les réseaux sociaux pour faire la révolution et qui ont disparu depuis plus de 3 mois sans donner de nouvelles et sans vraiment mener d’action.

Déçu que même entre nous, certains aient vu des luttes internes, des règlements de comptes.

Déçu que certains aient vu dans cette lutte des ambitions individuelles alors qu’il ne faut y voir qu’un intérêt général et la défense de la profession des plus petits comme des plus grands.

Déçu de tous ces faut qu’on, y a qu’à, et on aurait dû…

Déçu par tant d’individualisme alors qu’il nous fallait la solidarité.

Déçu que nous n’ayons pas pu imposer notre vision de la profession.

Déçu que le notariat que j’aimais pratiquer soit peut-être mort aujourd’hui.

Déçu que la finance soit l’anéantissement de l’humain.

Déçu que notre lutte ait été finalement vaine…

Je n’ai pas la prétention d’avoir fait mieux que tout le monde, j’ai essayé de suivre avec mes petits moyens et mes grands espoirs. C’est déjà cela.

Pour conclure, je voudrais vous laisser, malgré tout, un message d’espoir, à travers un extrait de « L’écume des jours » :

  • J’ai le sentiment que toute ma vie dépend de cet instant précis. Si je le rate…

  • Moi je pense le contraire. Si on rate ce moment, on essaie celui d’après, et si on échoue encore, on recommence l’instant suivant. On a toute la vie pour réussir.

Notre combat continue, je suis sûr que nous saurons rebondir et anéantir tous ces faux semblants.

Et en particulier, je retiens une seule chose qui est une formidable réussite et mon plus grand espoir c’est vous, tous mes amis de l’équipe de Caro. Vous avez été formidables et vous savez pourquoi.

ResNotaria nous attend pour reprendre notre lutte.

Furibardement votre.

@mordom14