Pourquoi MACRON est TOUT sauf un libéral

 

Macron photo pour article de Régis

Il a le profil du gendre idéal, du tombeur de belle-mère, de l’écolier qui a tout réussi avec un ou deux ans d’avance, du surdoué cultivé à la verve facile mais affûtée. Il est jeune et esthétique, propre sur lui, et respire la modernité. Bref, il apporte une brise fraîche à la politique hollandienne qui sent la naphtaline du petit père Queuille, un symbole de la Gauche indécise des Troisième et Quatrième républiques que l’Histoire de France tente de faire oublier aux écoliers.

Et pourtant… Emmanuel MACRON est un produit de la Cinquième comme on en fait peu, tant il est pur et typique.

Fils d’un professeur de neurologie et d’un médecin-conseil de la Sécurité sociale, il est issu de la belle bourgeoisie du Nord de la France. On lui donne les moyens de faire de hautes études, et il en fait un usage fort honorable. Il est diplômé de Sciences Po à 24 ans, et de l’ENA à 27. Comme certains autres, il suit un beau parcours, droit et propre. Il est épanoui et joue du piano comme l’on respire.

Comme l’on fait une rébellion adolescente, toute criblée d’hormones qui donnent l’envie de se révolter, il fait rapidement le choix du militantisme de Gauche, aux côtés de Michel Rocard. Il fréquente les huiles du parti socialiste. Le reste est dans sa biographie officielle dont on ne tardera pas à nous sortir des bouquins vite-faits-mal-faits.

En même temps, il intègre dès sa sortie de l’ENA l’Inspection Générale des Finances, le Saint Graal de la fonction publique française, alignant ainsi cinq chiffres en fin de mois pour produire des rapports un peu – voire très – abscons. Il apprécie cette douce sûreté de l’emploi inexpugnable. Mais il fixe le ciel pour seule limite à son ambition.

Or, la défaite du parti socialiste l’invite à changer de crèmerie en 2007. Il parvient à s’échapper vers les cieux plus doux de la banque d’affaire la plus renommée de France où sa présence et son savoir son habilement requis, la très noble Rothschild et Compagnie. Il y bâtit avec brio des montages juridico-financiers qui feront date. Il ramasse quelques miettes des facturations faites par l’établissement de la rue de Matignon. Mais de substantielles miettes tout de même.

Il y a aussi, dès 2009, la Commission Attali à laquelle il collabore. Il en vénère le “messie”, ses travaux et sa personnalité; oui, ce haut génie qui a su relever la France et donner une impulsion nouvelle à notre produit intérieur brut.

Hein ? Quoi ? C’est pas çà ? Ah bon ? La croissance est absente ? Oh, j’aurais jamais pensé… Avec Attali et Macron, on était sauvés ! (Je suis sincère; j’avais lu ses 110 propositions pour la France et j’avais trouvé certains “déblocages” astucieux, mais… irréalistes et déconnectés).

Mais alors quoi ? Passer de la haute fonction publique au privé de compet’ méritait quelques Viva et quelques Bravo !

Le temps viendra un peu plus tard, pour un futur ministre qui briguera d’ici peu la Magistrature Suprême, d’avouer que ce n’était que pour se mettre à l’abri d’une mauvaise passe politique de 2007 à 2012. Ses “vrais” amis n’étaient pas au pouvoir. Ses “vrais” amis de Gauche ne pouvaient rien pour lui.

Revenu sous les cieux plus cléments de la folle épopée hollandienne en 2012, il développe tout son savoir et ses talents d’acteur pour nous cacher encore et toujours, sous un pelage épais néo-libéral, un squelette entièrement moulé dans l’étatisme le plus pur. Celui-là même qui serait à réformer.

Il est l’archétype-même de l’ingénieur d’Etat qui sait produire de la matière législative confuse, un peu comme les rapports de l’IGF. La confusion qu’elle génère protège le pouvoir de ses propres errances.

Les professeurs de Droit émérite le disent. Depuis les années 60, le législateur ne sait plus écrire le Droit. Il est écrit par la réaction politique, l’électoralisme, l’actualité bête et méchante. Les juristes s’étouffent. Les puristes de la légistique toussent. On égorge un moustique ? Faisons une loi pour légiférer sur la maltraitance des insectes suceurs !

Macron a toutes ses capacités-là. Sa loi très volontairement éponyme (pour laisser une trace) fait plus de 300 articles et 200 pages. Nous-mêmes, juristes de notre état (jeu de mot), nous évertuons toujours à en comprendre le sens et l'”applicabilité”. On voudrait chanter une ode à la simplicité mais on ne peut pas. La partition est illisible.

Le libéralisme, c’est donner de l’espace à la simplicité et à la convention, au contrat. Et le libéralisme à la française permet qu’il ne soit point débridé, et qu’il ne permette pas la commission des ravages de l’ultra-libéralisme américain qui lui, jette dehors du jour au lendemain un locataire qui ne peut payer un loyer triplé.

Si Macron était un défenseur de ce libéralisme “protecteur”, sa loi ferait 20 pages et 15 articles, et elle transformerait l’économie française en permettant au capital-investissement de trouver un nouvel essor par une fiscalité favorable, et à l’économie numérique de créer de nouvelles Silicon Valley à la Française…

Selon ses plus ardents promoteurs, la loi Macron serait “la Loi du Quinquennat”. Honnêtement… est-ce le cas ?

Alors, ne nous y trompons pas; dans les faits et dans les actes, Macron n’est pas plus libéral que Rocard ou Hollande, ni que Valls ou Sapin.

Il est un de ces administrateurs dont le génie de la communication a recouvert ses défauts d’une nacre somptueuse.

Lorsqu’il légifère sur le travail dominical, il insère une dose d’étatisme dans ce qui aurait pu demeurer dans la sphère de la liberté, ou au pire, de la réglementation. N’est-ce-pas une preuve de plus de ses velléités d’intervention publique en tout, et pour tout ?

Bref… Il a l’art du déguisement (ai-je dis du travestissement ?) en “libéral” qui plait tant aux médias qui ne se résignent pas au rêve socialiste à la Française : une variante du collectivisme.

Dont Monsieur Macron est ni plus ni moins un ardent défenseur.

@ResNotaria – 22 octobre 2015