Jours de colère – Journal d’un notaire (par Maître Frédéric Roussel)

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Notre confrère Frédéric Roussel nous fait l’honneur et l’amitié de publier sur notre tribune un billet d’humeur, suite à la parution de son ouvrage Jours de Colère – journal d’un notaire.

A suivre sur le blog de Jours de Colère

Pourquoi écrire ce livre ?
Depuis un an et demi, le notariat – comme d’autres professions réglementées – est la cible d’attaques de la part d’un Gouvernement qui n’a sans doute pas conscience de ce qu’est l’institution notariale.
« Réformer le notariat permettra de rendre 6 milliards d’euros de pouvoir d’achat aux Français ».
C’est cette provocation d’Arnaud Montebourg à l’été 2014 qui a été le catalyseur, l’élément déclencheur de la nécessité pour moi d’écrire, de raconter ce qu’est un notaire, son rôle, son histoire, son avenir, les forces et faiblesse de son statut d’officier public et ministériel, détenteur du sceau de la République, et professionnel libéral.

Rappel : quelle est l’activité économique du notariat (chiffres 2014)
Chaque année, les notaires :
– reçoivent 20 millions de personnes,
– traitent des capitaux d’un montant de 600 milliards d’euros,
– établissent plus de 4 millions d’actes authentiques,
– réalisent un chiffre d’affaires de 6.2 milliards d’euros (le chiffre de M. Montebourg, comme par hasard),
– collectent pour le compte de l’Etat près de 22 milliards d’euros, sans que cela coûte un centime d’euro aux contribuables. C’est une économie nette de 200 millions par an pour l’Etat.
Durant des mois, nous avons été qualifiés de nantis, de rentiers, de privilégiés. Nous avons été injuriés, humiliés, désignés comme boucs émissaires d’une incapacité de l’Etat à réduire la dépense publique !
Nous avons même été accusés de capter les revenus des Français !
Inacceptable, injurieux, humiliant, alors même que le notariat continue à œuvrer pour améliorer la loi et la réglementation au service de nos concitoyens, dans un dialogue permanent notamment avec le Ministère de la Justice, celui du Logement, et même celui de l’économie et des finances !

Le constat : Les notaires ne sont connus que de ceux qui font appel à eux.

J’ai donc écrit ce livre pour que nos concitoyens nous découvrent…
Le personnage de mon livre, Didier Marie, décrit au quotidien sa vie de notaire mais aussi sa vie d’homme, de responsable impliqué dans sa Profession, et dans des milieux associatifs.

Didier Marie est un notaire sans doute un peu atypique car il s’occupe beaucoup des entrepreneurs. Ceux qui, en France, dans tous les territoires, créent de la richesse et des emplois. Ceux qui osent, investissent, s’engagent.
Il aime l’entreprise.
Il est lui-même chef d’entreprise.
Mais c’est aussi un notaire « ordinaire », un notaire de famille. Il relate ses rencontres, ses relations avec ses clients, ses collaborateurs. Il évoque ses engagements sociétaux, ses engagements citoyens, son empathie, son amour des autres (page 200)…
Il craint – disons-le – que les réformes en cours mettent en péril l’équilibre économique de son entreprise, et l’obligent à se séparer de collaborateurs. Ça lui est insupportable…

Il faut savoir que dans la plupart des études de France, il est impossible de travailler, de répondre aux missions de service public, de faire face à la complexité générée par des lois de plus en plus illisibles sans avoir, aux côtés des juristes, des collaborateurs spécialisés en comptabilité, gestion, et formalités…

Sans ces collaborateurs, sans cette organisation en entreprise, TPE ou PME, le notaire ne peut pas recevoir dignement ses clients, leur apporter le conseil dont ils ont besoin, et authentifier les actes qu’il reçoit…

Il faut aussi – mon personnage le rappelle – que le notariat se rénove, se réforme, pour faire face aux nouveaux besoins de nos concitoyens, des entreprises et des collectivités, aux défis de la mondialisation. Pour faire face aussi à une forme d’uberisation de la société : nouveaux contrats, nouvelles formes de travail, par de nouveaux acteurs sans complexes qui se moquent des barrières, quelles qu’elles soient !

J’espère de tout cœur que ce récit permettra aussi à ceux qui nous gouvernent de mieux nous connaitre. Car il semble évident que nos « élites » ne nous connaissent pas. Ils nous voient sans doute comme ces personnages décrits par Balzac au XIXème, et que je cite dans le livre. Il fallait bien aussi faire dans l’autodérision ! (pages 21, 25, 159)
Fallait-il mener cette réforme, la contraindre avec cette brutalité ?
Fallait-il humilier ? Stigmatiser ?
Didier Marie, le personnage de mon livre pense qu’on aurait pu réformer autrement, et surtout qu’il y avait sans doute mieux à faire pour redresser les comptes de notre pays !
Et je ne suis pas loin de penser comme lui !
Je voulais aussi montrer dans ce livre les moments d’humanité, d’émotion intense qui nous saisissent bien souvent, dans notre quotidien. J’ai donc décrit des situations, des événements, des tranches de vie, dans lesquelles beaucoup de confrères, beaucoup de nos concitoyens se reconnaitront.

Et puis, parce qu’un notaire, c’est aussi un être humain, il était naturel que je laisse la place aux réactions qui sont celles d’un être humain lorsqu’on l’agresse, ou qu’il est en proie à des émotions dans le cadre professionnel, mais aussi personnel…

Ce livre, j’ai voulu enfin en faire un plaidoyer pour le droit de la paix, le droit continental, le droit romano-germanique (celui qui protège le faible contre le fort), contre le droit de la guerre – le droit anglo-saxon – dans lequel, parfois avec cynisme, le fort – bien conseillé – gagne contre le faible… Cela nous est insupportable à nous notaires.
Et c’est ce droit, et cette organisation professionnelle du notariat, initiée à la révolution française, qui a servi à créer des notariats partout dans le monde.

La Chine a créé son notariat grâce à l’action du notariat français, comme de très nombreux pays d’Afrique, d’Amérique latine et centrale, d’Europe de l’est, et à présent en émergence en Asie du sud-est.

Des missions internationales de notaires français sont au travail en permanence, pour aider des pays en recherche d’un système comme le nôtre.

Et c’est ce système que voulait détruire monsieur Montebourg, anciennement avocat, et depuis peu au service d’entreprises privées, après une formation sans doute suffisante de 4 semaines à l’INSEAD… Risible.

Quant à Emmanuel Macron, je ne fais pas et ne ferai pas d’attaque personnelle.
Ce qui va sans doute vous surprendre !
Il est dans son rôle social-démocrate au service du changement de politique du Président Hollande depuis qu’il a été nommé.
Il fait bouger les lignes comme rarement un jeune ministre de la République ne l’a fait.
Il le fait avec fougue, et détermination, sans états d’âme, en dépassant les vieilles querelles partisanes et nombre de dogmes, qu’ils soient de gauche ou de droite. Dans l’intérêt du pays.
Ce que je critique avec véhémence, avec fougue, détermination, c’est la méthode, et la soi-disant urgence de réformer le notariat…

Ce que je critique, c’est le mépris de ces jeunes qui entourent le ministres, issus de la fonction publique, élevés dans les cabinets ministériels, cultivés « hors sol », si je puis dire…

Le mépris affiché à l’égard de leurs interlocuteurs, les élus de ma professions, qu’ils ne faisaient même pas semblant d’écouter…
N’y avait-il pas mieux et plus important à faire ?
Emmanuel Macron découvre aujourd’hui (merci messieurs Badinter et Lyon-Caen) que le code du travail est un monstre devenu contre-productif pour ceux qu’il est censé protéger… !
L’urgence, n’est-ce pas de traiter le chômage des jeunes, massif ?
Le notariat doit évoluer. C’est vrai de toutes les professions, réglementées ou non.
J’en appelle au bon sens.
Notamment celui de monsieur Macron.

Le bon sens, c’est le dialogue.
La brutalité, la violence, ce ne sont pas des méthodes acceptables.
Il faut que cela cesse.

Ce livre est destiné au grand public.
J’espère que les lecteurs l’apprécieront, souriront, seront émus, parfois, par certaines situations décrites, et qu’ils nous regarderont différemment, pour certains qui ne nous connaissent pas du tout, car ils n’ont jamais eu à entrer dans une étude de notaire.

Mais j’invite aussi monsieur Hollande, monsieur Valls, nos ministres et ceux qui les conseillent ; j’invite tous nos parlementaires, les élus locaux, maires, conseillers départementaux, conseillers régionaux, à lire cet ouvrage.
Cela prendra très peu d’heures de leur précieux temps.
J’invite aussi mes confrères et nos collaborateurs à le lire.
Car trop de fausses idées ont circulé sur les réseaux sociaux sur l’action des élus de la Profession depuis le début de cette crise.
Il s’agit de remettre – comme on le dit dans le pays de l’Ovalie – « l’église au milieu du village ».

Maître Frédéric Roussel – @Roussel49079314
Le blog de Jours de Colère